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Molécule

Δ8-THC — le delta-8-tétrahydrocannabinol

Le delta-8-THC a été vendu en France pendant des années comme une alternative légale au THC. Il est classé comme stupéfiant depuis le 3 juin 2024 : production, vente et usage sont interdits.

Le delta-8-THC est-il légal en France ?

Non. Le delta-8-THC est un isomère de position du delta-9-THC : même formule, même noyau, une double liaison déplacée. Il relève de la définition retenue par la décision de l’ANSM du 22 mai 2024, qui classe toute substance dérivée du noyau benzo[c]chromène portant une fonction hydroxyle en position 1. Le classement est entré en vigueur le 3 juin 2024. Production, vente et usage sont interdits.

Ce que c’est

Le delta-8-THC est un isomère de position du delta-9-THC : les deux molécules ont la même formule brute, C21H30O2, et la même architecture. Ce qui change, c’est la position de la double liaison sur le cycle qui porte le méthyle en position 9.

Il est présent en traces dans la plante de cannabis, en quantité très inférieure au delta-9. Les produits que l’on trouve sur le marché sont obtenus en laboratoire, le plus souvent par transformation chimique du CBD.

Son statut en France

La décision de l’ANSM du 22 mai 2024 a inscrit sur la liste des stupéfiants « toute substance dérivée du noyau benzo[c]chromène […] substitué ou non à un des endroits suivants du noyau : en position 1 par une fonction hydroxyle, estérifiée ou non, ou une fonction alkoxy ». Le delta-8-THC entre dans cette définition.

La décision du 3 juin 2024 a précisé quelles substances étaient visées, en excluant du classement celles qui peuvent se trouver à très faibles concentrations dans les produits issus du chanvre : le CBN, le CBNA, le THCV et le THCVA sous réserve de 0,3 %, et le THCA sous réserve du respect du seuil de THC. Le delta-8 n’est pas dans cette liste d’exclusions.

L’ANSM cite explicitement le delta-8 dans ses travaux d’addictovigilance, aux côtés du delta-10, parmi les isomères du delta-9 apparus dans les signalements d’intoxication en France.

Le Conseil d’État a rejeté le 6 juin 2025 les recours de l’Union des professionnels du CBD et de plusieurs entreprises contre cette décision.

PointCe qu’il faut savoir
ClassementStupéfiant depuis le 3 juin 2024 (décision de l’ANSM du 22 mai 2024, famille benzo[c]chromène).
Production, vente, usageInterdits en France depuis cette date.
Texte de référenceDécision du 22 mai 2024, modifiée par la décision du 3 juin 2024 ; liste consolidée de l’ANSM mise à jour le 16 février 2026.
JurisprudenceConseil d’État, 6 juin 2025, n° 494779 : les recours contre la décision du 22 mai 2024 sont rejetés.
Risques documentésVomissements, perte de connaissance, coma, convulsions, paranoïa, anxiété, hypertension, tachycardie, douleurs thoraciques. Risque d’abus et de dépendance.

Les risques documentés

L’ANSM décrit des effets immédiats : vomissements, perte de connaissance, coma, convulsions, paranoïa, anxiété, hypertension artérielle, tachycardie, douleurs thoraciques pouvant évoquer un infarctus. Elle indique que ces substances miment les effets du THC, avec des effets graves et plus intenses que ceux ressentis avec la consommation de cannabis, et un potentiel d’abus et de dépendance.

L’Autorité européenne de sécurité des aliments a fixé pour le delta-8 comme pour le delta-9 une dose de référence aiguë de 1 µg/kg de poids corporel. C’est une limite d’ingestion sûre sur une courte période, pas une dose consommable.

Ce qu’il faut retenir

Le delta-8 n’a jamais été « légal ». Il a été vendu comme tel pendant quelques années, dans un vide juridique et commercial — exactement le type d’écart entre l’étiquette et la loi que l’ANSM documente.

Le statut de stupéfiant ne dépend pas de la dose. Une trace commerciale suffit à faire basculer le produit.

Un produit qui affiche « 100 % naturel » ou « sans THC » n’est pas une garantie : c’est l’analyse du lot qui parle.

Aller plus loin

Δ9-THC — la molécule de référence, celle que mesure le seuil de 0,3 %.

Δ10-THC — l’autre isomère du delta-9 cité par l’ANSM.

HHC — un autre dossier, la même mécanique : une molécule vendue comme alternative légale, classée stupéfiant.

Toutes les molécules du cannabis — le tableau complet des statuts en France.